Vendredi soir passé(16 mai), j'arrivais à Québec, au soir. Et je me suis adonné à un des délassements préférés des Québécois: la télévision. Je suis tombé sur la nouvelle émission de Josélito Michaud, «On prend toujours un train». De prime abord, j'aurais zappé en vitesse. Mais, l'invité était une connaissance lointaine de mes parents qui est née à Baie-Comeau, donc j'ai écouté. D'une seule oreille au début, car je ne suis pas fan de ces émissions où des pauvres gens viennent conter leurs peines, et encore moins de Josélito.
Mais là, ça a été différent. Parce que le gars avait
vraiment quelque chose à dire. Et une
vraie peine. Il y a de cela deux ou trois ans, sa mère, sa femme et sa fille ont été tuées dans un accident de voiture. Elles étaient à Mont-Joli, lui à Québec. Mais imaginez un peu la scène. En un instant, c'est votre vie qui bascule. Les trois personnes les plus chères aux yeux de cet homme, ces trois femmes, disparues. Et il en parle à la télévision, comme ça.
Mais, en plus de ça, il a du vécu. Je n'arrive même pas à concevoir la traversée du désert qui a dû suivre. Que ceux qui auraient flanché n'aient pas honte et le disent. Regardez, moi, je sais pas si j'aurais pu tout recommencer, tout rebâtir. Mais lui, oui. Il en a même tiré un enseignement que je ne souhaite surtout pas oublier, qui se résume en ces mots: «Nous n'avons rien au monde. Tout nous est prêté.» Autrement dit, rien ne dure éternellement.
Dans la chaumière de mon père, vous comprendrez que le reste de la soirée n'aura pas été riche en conversations enjouées. J'ai gardé un quasi silence jusqu'au coucher. Et là, j'ai réfléchi. Qu'est-ce que j'ai vraiment? Rien, en effet. La vie m'a tout donné et me reprendra tout. Alors, pendant que j'y pense, je vais remercier. La vie, mais aussi ce que j'ai. Je me fous probablement la tête dans le sable en croyant avoir (ici dans le sens de posséder), mais je m'en fous.
Merci ma famille. Mon père, ma mère qui m'avez créé (ben oui, même un saint roi a des géniteurs mortels!), qui prenez soin de moi, sûrement plus que je ne le réalise. Je sais, j'ai souvent été ingrat envers tout ce que je vous dois. Je m'excuse. Mais, soyez en convaincus, je n'agis pas par méchanceté. Ma petite soeur, Caro. Oui, avant moi et elle, on était deux pestes, surtout ensemble. Mais je trouve qu'on a accompli des progrès au niveau de pouvoir vivre en société, non? Je vous aime, tous les trois.
Merci mes amis. Vous savez, je ne me trouve pas assez aimant avec vous. J'aimerais pouvoir vous dire à quel point je vous suis redevable, mais puisque vous ne semblez pas trop m'en vouloir, j'imagine que je rembourse ma dette amicale sans m'en rendre compte. J'ai été trop longtemps quelqu'un de seul. Mais grâce à vous, rien n'est plus pareil. Je propose même que l'on se cédule (de schedule...un anglicisme!) un petit quelque chose, un genre d'activité démonstrateur d'amitié. On n'en fait jamais. Quelle erreur.
Merci mes simples connaissances ou même les parfaits inconnus. Je ne saurais dire pourquoi...probablement qu'au moment où j'écrivais ces lignes, j'étais gagné d'un trop plein d'amour envers le monde.
Finalement, merci Dominic. Tu es arrivé à un moment creux de ma vie, où je commençais à douter fortement de l'existence du grand amour. À mesure que les jours et les nuits passaient, j'étais de plus en plus convaincu qu'il n'y avait pas d'homme pour moi. Maintenant, je sais qu'il y en a au moins un. Le soleil a remplacé la pluie, tout comme les métaphores nulles d'un fou amoureux ont remplacé celles dépressives d'un gars ordinaire à la recherche de lui-même. Tu sais, j'ai pensé à tout ça hier, lundi. Il avait beau faire froid et maussade, mais j'ai reparcouru tous nos endroits clés. Chez Temporel, la promenade des Gouverneurs, sous le lampadaire près des marches dans les Plaines, un peu loin, sous un arbre (un frêne blanc) où on a longuement paressé dimanche, la rue Cartier... Et, même seul, je me suis senti bien. Je t'aime, aussi parce que chaque souvenir de toi me fait t'aimer encore plus. C'est illogique, inexplicable, irrationnel...mais je m'en fous, rien ne régit l'amour!
Finalement, à ceux qui me trouveront un peu quétaine, en déclage complet avec mon devoir de réserve royale, eh bien, je vous aime aussi! Tout le monde a besoin d'amour et vous n'y faites pas exception.
En conclusion, qui m'aime me suive! Où ça? Je sais pas =P Une certitude: petit train ira loin.