de ne pas être assez autobiographique,
voici les derniers de mois de ma vie en trois étapes,
ou encore comment je suis sorti de la mornitude la plus entière
pour atteindre la lumière.
Pour commencer, je vous propose ce texte
que j'avais écrit l'automne passé, début novembre.
Non, je n'avais pas d'idées suicidaires...
mais bon, comme vous verrez, c'était pas la joie.
Je lance un caillou dans la rivière, plouf! Des cercles concentriques se forment autour du point de contact. Mais je ne les vois pas. La voute céleste d'encre, dépourvue d'étoiles et de lune pour ce soir, a déjà remplacé le gris des après-midi de novembre. Ça se passe si vite. On dirait que toutes les teintes tirent leur révérence en vitesse pour se cacher du noir. Pourtant, moi, j'aime le noir. Le noir me réconforte. Le noir m'efface du reste du monde. Le noir redessine mon espace tel un décorateur habile manoeuvrant les teintes neutres avec grand talent. Je me lève, promène ma main dans les roseaux sauvages dont les formes exactes restent nébuleuses. Je hume cet air capiteux, suave vivifiant, même presque indécent de pureté. Je retire mes bottes de cuir, m'habitue au froid de la berge, puis m'immerge. Ça fait toujours moins mal quand on n'aperçoit pas l'origine de notre douleur. Je me délecte de la sensation. Douloureux, certes, mais si...jouissif à la fois, mes pieds en frémissent. Exactement le genre de péché qui pousserait une bonne soeur de se tirer de son ordre. J'agrippe, je lance un second caillou, moins loin cette fois-ci. Je sens les ondes me rejoindre. Je ferme les yeux. Le noir. Je souris. Les minutes, les heures passent. Mes jambes tremblent sous le bonheur. Je fixe la rivière noire. Je cède enfin. Et je tombe, pour une dernière fois. Puis, le noir.
Après l'ombre, j'aurai l'honneur de vous présenter
la délivrance, deuxième de trois.




